Pour une économie collaborative ET coopérative !

– L’économie collaborative, ça change tout !

– Tu veux dire AirBnB et Uber ?

– Pas seulement. Il y a aussi les plate-formes de crowdfunding comme Ulule, les réseaux d’achats groupés comme La Ruche Qui Dit Oui, les sites de covoiturage, on peut même y mettre Wikipedia, les espaces de coworking, les drives des producteurs fermiers…

– En fait rien de nouveau, c’est comme les tiers-lieux, ça existait déjà avant mais on ne les appelait pas comme ça…

– La nouveauté c’est le numérique. Les pratiques d’échanges existaient déjà à l’échelle familiale, entre amis ou militants. Mais avec internet, les communautés sont bien plus importantes. On peut louer sa maison, se faire financer un projet ou aller manger chez de parfaits inconnus. Ça a étendu la confiance !

– Mais du coup, ce qui se faisait gratuitement est devenu payant… Avant on faisait du stop, maintenant on passe par Blablacar. Avant, on hébergeait des copains, maintenant on loue sur Airbnb.

– Tu oublies le Couchsurfing, qui est gratuit, le site Covoiturage libre, une alternative à Blablacar, ou Fairbooking, plus juste que Booking… Il y a toujours des gens pour faire du business avec des pratiques alternatives. C’est le cas dans le collaboratif comme dans les logiciels libres. Mais tu ne peux pas résumer l’économie collaborative à ça.

– C’est quoi alors l’économie collaborative ?

– C’est une économie basée sur la mutualisation des objets, espaces, outils, équipements ou savoir-faire, qui favorise l’usage plutôt que la propriété et fonctionne de manière horizontale, le plus souvent grâce à des plate-formes internet.

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– On dit collaboratif mais les différents membres ne collaborent pas plus que ça…

– On parle en anglais de « sharing economy », économie du partage.

– C’est plus clair ! Mais ça concerne surtout la consommation. La sharing économy produit quelque chose ?

– Oui, si l’on considère toute la production open source : la création et l’amélioration de logiciels libres, la fabrication d’objets dans les fablabs…

– Le souci, c’est la protection sociale des personnes dedans : tous indépendants, plus d’emploi, plus de retraite, c’est ça l’avenir ?

– Quand on s’en tient à des pratiques d’échanges, tout va bien : c’est mon trajet donc je te fais une place dans ma voiture ; je te loue ma maison pendant que je pars en vacances, etc. Mais lorsqu’on tire son revenu principal de ces activités, cela crée une forte concurrence avec les professionnels traditionnels, fortement taxés, et transforme les plate-formes collaboratives en véritables industries… C’est “l’ubérisation”.

– … Et ces industries préfèrent évidemment travailler avec des freelances. Sauf que quand Uber baisse les tarifs, pas de syndicat, tu ne peux rien faire !

– Uber a permis à des jeunes de banlieue de s’insérer. Et le statut d’indépendant répond aussi à un besoin actuel. Le salariat, avec ses horaires imposés, ses jours de congés fixes et son lien de subordination ne correspond pas forcément aux modes de vie de tout le monde et notamment des jeunes.

– Justement, j’ai 27 ans, je suis un enfant de l’auto-entreprenariat, mais j’ai vu mes amis s’y casser les dents. Je voulais être à mon compte mais avec des gardes-fous. J’ai trouvé la solution : la coopérative d’emploi. Les avantages du salariat sans les inconvénients et le lien humain en plus, surtout que je travaille dans un coworking.

– Effectivement, les coopératives d’emploi ont réussi à contourner la subordination. Pendant des années, elles ont transgressé la loi en rémunérant des salariés en fonction de leur chiffre d’affaires et non sur leur nombre d’heures. Elles ont trouvé comment adapter le contrat de travail salarié aux besoins des indépendants.

– En fait, si les entreprises de l’économie collaborative appartenaient à leurs membres, c’est-à-dire si elles étaient des coopératives, ça changerait tout !

– Ça les obligerait à partager les bénéfices et décider collectivement selon le “une personne = une voix” de l’ESS (économie sociale et solidaire). Pour les services de l’économie collaborative, le statut de SCIC (coopérative d’intérêt collectif) permet de rassembler salariés, usagers et partenaires.

– Finalement, la plus grande menace des grands groupes de l’économie collaborative ne serait-elle pas la coopérative ?

– Pas sûr. Les coopératives de taxis existent et elles n’ont pas renversé Uber…

– C’est vrai que le milieu ESS est assez militant, les codes sociaux n’y sont pas forcément faciles d’accès. Et puis, qui dit coopération dit participation. Il faut s’impliquer, ça demande du boulot, de la formation…

– J’avoue que l’économie sociale et solidaire, j’y ai cru à fond, j’ai préparé les États-Généraux de l’ESS, débattu, co-construit et… on n’a pas fait trembler le capitalisme !

– N’empêche qu’on représente quand même 10 % du PIB, si tant est que cet indice ait une valeur. Il ne faut pas lâcher, parce qu’avec la loi du 31 juillet 2014, n’importe quelle société commerciale qui dit poursuivre un objectif d’utilité sociale et fait le choix de s’appliquer les principes de l’ESS sans en prendre les statuts, est considérée comme telle. C’est la porte ouverte à tous les abus !

– C’est comme ça que Les Cireurs a raflé 50 000 € du département des Hauts de Seine au titre de l’innovation sociale alors que c’est une société qui propose à des pauvres, travailleurs indépendants et itinérants, de cirer les pompes des riches !

– Les notions d’utilité et d’innovation sociales ont remplacé l’intérêt général et le bien commun… Alors mutualisons les outils collaboratifs et le fonctionnement coopératif pour re-construire des communs qui servent l’intérêt général !

Dialogue imaginé par Emmanuelle Mayer à partir des conférences et échanges de Michel Lulek (scop La Navette), Françoise Bernon (think tank Le Labo de L’Ess), Hubert Tortes Saint Jammes (projet d’habitat participatif Treenity), Marius Chevallier (université de Limoges), Quentin Paternoster (coopérative d’emploi Oxalis), Irena Havlicek (scop Exprim’presse et conférence « économie sociale et soliTaire »), François Bottellier-Depois (La fabrique des territoires innovants), Emmanuelle Mayer et Hélène Richard (Collectif Zélie). Les dessins sont d’Hélène Richard.

(Extrait de la synthèse des Rencontr’actées de Guéret, juin 2011, réalisée par le collectif Zélie)

Ce texte et ces dessins sont mis disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 France.

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