L’open source à la conquête du monde

(Article extrait de la synthèse des Rencontr’actées du guéret à télécharger ici : http://zelie-communication.fr/realisation/tiers-lieux/)

La philosophie open-source renforce l’économie circulaire et invite à se réapproprier notre environnement.

Open source veut dire « code source ouvert » et concerne au départ l’informatique : accès au code, liberté d’utilisation et de modification des programmes, collaboration entre développeurs. Mais l’open source dépasse aujourd’hui l’informatique. On parle d’open maps en cartographie, d’open laws en droit, d’open datas… c’est-à-dire d’une philosophie qui choisit la transparence afin de promouvoir l’intelligence collective et de permettre à chacun de reproduire et (re)travailler un projet. « A priori, tout oppose l’open source et le code de la propriété intellectuelle… Toutefois en matière de créations littéraires et artistiques (logiciels compris en France), la solution, ce sont les licences creative commons » explique Pierre Fargeaud, avocat au barreau de Limoges. Publier sous ces licences libres permet de détailler les possibilités d’utilisation des œuvres, ce qui apporte des précisions au droit d’auteur de base. La situation est plus problématique dans le cas des créations industrielles, protégées juridiquement par des brevets. Deux options. Si l’on veut que son objet inventé dans un fablab ou son procédé d’auto-construction soit open source : publier les plans pour faire entrer la création dans le domaine public. Le risque : un industriel récupère ces plans, dépose un brevet dessus et l’exploite commercialement ! Ou alors publier les plans ET déposer un brevet pour définir des droits d’exploitation permettant à tous de s’en servir. « Mais cela coûte très très cher ! » précise l’avocat.ressourcerie

L’open source pose également la question de la responsabilité de ce qui est fabriqué dans un fablab : Quid de la sécurité d’une pièce de deltaplane ? Quels garde-fous face à ceux qui veulent fabriquer une arme ? Quelles solutions pour la contrefaçon ? « Un lieu sans normes ouvre toutes ces questions » lance l’avocat « oui mais on est là parce qu’on en a marre des normes » rappelle Aurélien Marty. Selon Maître Fargeaud, il n’y a pas de vide juridique – si l’on emploie ce terme, on risque de voir une loi apparaître pour contrôler tout ça ! Des solutions sont mobilisables dans le droit français, par exemple faire signer des contrats à ses adhérents au lieu d’une simple charte, considérer ce qui sort d’un fablab comme un prototype, etc. En open-source, si la création de l’oeuvre n’est plus rémunérée, sa diffusion, sa mise en œuvre ou ses dérivés commerciaux peuvent l’être. Timidement, l’industrie commence à s’intéresser à ce nouveau modèle économique. Seb a ainsi publié les plans du bouchon de sa cocotte minute, pour que l’on puisse le fabriquer soi-même en cas de perte. L’open source permet donc de lutter contre le gaspillage et l’obsolescence programmée. On le voit, de l’open source à l’économie circulaire, il n’y a qu’un pas, que les OSCEdays (cadre dans lequel se tient les Rencontr’actées de Guéret) invitent à franchir.

entreprise_ecoloL’économie circulaire, c’est fonctionner en cercle vertueux, réutiliser, recycler, réduire les déchets. Le fameux “zero waste” de San Francisco qui recycle 80 % de ses déchets comme on le voit dans le film Demain. Selon le syndicat Evolis, en Creuse on vise une réduction de 5 % des déchets. C’est un début… « À condition de ne pas continuer le suremballage et la surconsommation sous prétexte que l’on recycle » estime Noa, du réseau ConsoMais Autrement à Limoges, qui organise des “marchés gratuits” et mise sur le “Do it yourself” (DIY). L’open source et l’économie circulaire invitent ainsi à s’approprier et se réapproprier notre environnement : coudre ses vêtements, utiliser des logiciels libres, bricoler ses meubles… une démarche qui peut s’étendre à l’aménagement de l’espace public. À Guéret, ConsoMais Autrement a transformé une cabine téléphonique en « givebox », où l’on peut se servir et déposer des choses à donner. L’art, bien-sûr, est aussi un sacré moyen de réinvestir l’espace public. Le musicien Arnaud Méthivier l’a rappelé, avec sa sculpture aérienne en forme de point d’interrogation (“nanogation”), qui s’est promenée de site en site. La rue d’Armagnac est devenue la rue d’Artmagnac, galerie éphémère de street art, avec Rurb’1 en erb. Mais se réapproprier l’espace public, c’est aussi se saisir de l’urbanisme comme l’a fait le le collectif BSP (Bon Sens Paysan) avec son projet de transport pour le Limousin. L’idée : utiliser les 400 km de voies ferrées de l’étoile à 8 branches autour de Limoges et sa cinquantaine de gares. Le projet : réconcilier ville et campagne, grâce au tram-train qui fonctionne comme un train en campagne et comme un tramway dans les agglomérations. Le résultat : une étude de faisabilité, open source, à disposition de tous et des pouvoirs publics en particulier.givebox

« Aujourd’hui, les biens publics ne sont pas considérés comme des biens communs. Un bien commun c’est quelque chose dont on s’empare, avec des règles d’usages définies par une communauté » estime Pascal Desfarges. C’est ce qui a été fait lors de l’atelier sur le Square Jorrand mené par Marin Baudin, paysagiste au CAUE de la Creuse avec BSP et le collectif .748. Parmi les actions imaginées : peindre les grilles de couleur vives, planter des fleurs, installer une balançoire… Finalement, l’appel de la bêche a été le plus fort et des participants y ont planté des aromatiques et des légumes tout comme les Incroyables Comestibles présentés dans le film Demain. « Il faut s’autoriser à être créatif dans les projets d’urbanisme et d’aménagement, ne pas attendre les concertations mais faire nôtres ces dossiers, et déterminer collectivement nos besoins » estime les jeunes de BSP. Ce qui résonne aujourd’hui auprès de certains élus puisque Éric Correia, président de l’agglomération, estime qu’« il est grand temps de relancer des dynamiques d’appropriation citoyenne, de participation, de coconstruction de notre territoire et des outils du vivre ensemble que nous voulons y déployer ».

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2 réflexions sur “L’open source à la conquête du monde

  1. Alors je pinaille un peu mais le projet « givebox » tel qu’il est représenté est mal barré. Parce qu’en plus de servir de plateforme illégale d’échange de films, on y trouve de la musique sous format propriétaire.

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