Les tiers-lieux, tremplins pour changer la société

 

Ils sont près de 150 en Nouvelle Aquitaine, selon la Coopérative des Tiers-Lieux. Collaboratifs et affectifs, les tiers-lieux incarnent le changement de société en cours. Une chance pour les territoires.

Tiers-lieu renvoie à tiers-état et tiers-monde : à l’écart des privilèges, de l’élite ; et à tiers-secteur : n’est privé ni public, mais coopératif, social et solidaire. À l’instar de cette économie, le tiers-lieu est hybride et porteur d’utopie. « Chaque tiers-lieu est différent. Pas de label, pas de format, mais une éthique commune » estime Pascal Desfarges, (accompagnateur d’innovation, agence Retiss). Ils peuvent avoir tout un tas de fonctions : partager des bureaux (coworking), fabriquer des objets (fablab), réparer ses affaires (repair’café), traiter l’information (médialab), faire de la science en dehors du CNRS (hackingspace), mais aussi, fabriquer de la bière, échanger des graines, accueillir des permanences, faire de la couture… « Mais quels que soient les services qu’ils proposent, c’est important d’utiliser le terme de tiers-lieu car il véhicule un message politique » estime Aurélien Marty, concierge d’Open Factory à St-Etienne. Lequel ? Aurélien établit une filiation entre les tiers-lieu, les Zad et toutes les Zones Autonomes Temporaires (conceptualisées par Hakim Bey). Pascal Desfarges y voit la gouvernance collaborative et l’apprentissage par ses pairs (le peer-to-peer), qui permettent de fabriquer du bien commun et de prendre soin des humains. Pour Philippe Ponsard, élu du Grand Guéret, référent de la Quincaillerie, « dans un tiers-lieu, on travaille sérieusement mais on ne se prend pas au sérieux. »

quincaillerie_defInnovation à tous les étages

L’horizontalité et la spontanéité stimulent l’innovation. « Les tiers lieux répondent vraiment à un manque : celui de retrouver un esprit d’entreprise tout en étant indépendant et celui d’exprimer une créativité bridée dans le monde du travail classique » observe la Coopérative des Tiers-Lieux. Comme Nicolas, informaticien à la Souterraine : « Grâce au coworking, je suis en train de penser une nouvelle façon de proposer des services aux entreprises près de chez moi ». « Les tiers-lieux sont aussi des endroits qui démocratisent la création d’entreprise » observe Laura Callegari, de la Fabrique des territoires innovants. Parce que « on y apporte des briques pour construire sa vie dans un esprit plus proche du start uper que du fonctionnaire » selon Aurélien. « Oui mais que cela ne nous empêche pas de défendre les services publics et lutter contre le désengagement de l’état » met en garde Nicolas Bodeau de la société 1colore. De nouveaux métiers y germent comme médiateur numérique ou concierge.

biohackerspace_def

Une chance pour les territoires

« Créer un tiers-lieu parce que ça a l’air cool, que tout le monde le fait ou que c’est une nouvelle possibilité de financement est une erreur » prévient Yann Heurtaux, créateur de plusieurs tiers-lieux en Suisse. Oui mais il serait dommage de se priver des appels à projets publics qui se multiplient pour la création de tiers-lieux sur les territoires. « Pourquoi pas un financement par les collectivités pour le lancement, mais attention sur le long terme, parce que les collectivités fonctionnent avec de la hiérarchie et de l’administratif, ce qui est incompatible avec la spontanéité et la convivialité des tiers-lieux » estime Yann. Selon ce passionné basé à Genève, pour réussir, il vaut mieux réunir une communauté de 100 personnes sans bâtiment que l’inverse. Mais à la campagne, les tiers-lieux sont aussi une formidable opportunité de réinvestir des bâtiments vides, à l’instar du projet de Lavaveix les Mines. « Ok mais avant de se préoccuper de refaire la peinture, la première question c’est le débit internet » insiste Yann. En milieu rural, le tiers-lieu est un facteur évident d’attractivité et de lien social, avec le risque que le concept soit vidé de son sens si chaque commune veut son tiers-lieu au même titre que sa salle des fêtes ou sa zone d’activité…

gare_tram-trainAccompagner la “tierslieutisation”

Tandis qu’émergent des tiers-lieux, d’autres espaces sont menacés, notamment par la dématérialisation des services (centres d’impôts, bureaux de gare…). Le numérique bouleverse les fonctions, les formes et les usages des commerces et services. « De plus en plus de lieux publics cherchent à évoluer en tiers-lieux. Nous avons ainsi accompagné une bibliothèque classique où l’on peut désormais aussi proposer à l’emprunt ses propres bouquins et nous transformons un accueil de CHU en espace partagé » témoigne Pascal Desfarges. Pour accompagner ce phénomène de “tierslieutisation”, le projet Softplace propose un cadre qui prend en compte les systèmes (infrastructures, réseaux, métiers) dans lesquels s’inscrivent ces espaces et privilégie l’intérêt général au-delà des mandats politiques. Car il est important d’accompagner cette mutation pour changer les modèles de société sans douleur.

Texte d’Emmanuelle Mayer et dessins de Lénon (Hélène Richard) issus de la synthèse des Rencontr’actées, journées des tiers-lieux et de l’innovation sociale – de Guéret – 11 juin 2016.

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