Le trésor du banturle

Il n’a pas quarante ans, et a appris le patois auprès de ses grands-parents. En sillonnant le Limousin avec l’Institut d’Études Occitanes (IEO) et en discutant avec ceux qui le parlent encore, Jean-François Vignaud débusque et partage les trésors de la culture occitane.

Un banturle, en occitan, n’est pas un fainéant, mais un genre de dilettante, dans lequel se reconnaît Jean-François Vignaud. Né en 1975 à Saint-Léonard de Noblat, il a grandi du côté d’Oradour, où tout le monde, passé 40 ans, parlait occitan. « On ne s’adressait pas aux enfants en patois, mais j’écoutais. » Jeune étudiant à Limoges, il rompt avec la tradition migratoire qui attire les limousins vers des régions plus riches. «Mon ambition, c’était de ne pas partir. Ma vie, je la sentais ici. » Il fait des études d’histoire, avec l’espoir que l’université approfondisse ce que cette langue lui a donné envie de savoir du Limousin. Espoir déçu, mais il trouve quelques réponses auprès d’une association, l’Institut Occitan « Un jeune qui parlait patois, et qui en était à peu près conscient, c’était parfait : on m’a accueilli à bras ouverts». En 1999, Jean-Marie Caunet convainc les pouvoirs publics de doter le Limousin d’un véritable IEO, avec des salariés, comme en Auvergne. Logiquement, il embauche Jean-François Vignaud, qui n’a jamais fait d’études d’occitan, mais l’a toujours parlé, avec authenticité et lucidité. « Cette langue est moribonde. La transmission s’est cassée. On a la douleur, tenace, d’assister à la disparition d’une culture » L’IEO ne veut pas maintenir artificiellement une langue en vie, mais qu’elle soit reconnue comme élément incontournable du patrimoine. L’occitan s’est dialectalisé et n’a jamais été codifié par une académie, mais il s’affiche dans les noms de lieux ou de gens : en lui subsistent des luttes d’influences entre latin et gaulois, entre Lavaud (la vau, du latin vallis : vallée) et Lacombe (la comba, du gaulois cumba : petite vallée) ; des éléments topographiques (La chaud rappelle que les landes s’étendaient là, avant les forêts) ; des liens avec des territoires du sud… Pour ne pas perdre un trésor historique par ignorance, L’IEO collecte et livre savoirs et savoirs-faire, sur sa bibliothèque en ligne (la Biaça), via des spectacles, des stages, des traductions et des éditions (livres et DVD). Pour écrire De la Chassagne au Monteil, Jean-François Vignaud a compilé les études linguistiques et parlé, en patois, avec les anciens, des noms des lieux-dits, révélant ainsi des histoires, et surtout des informations sur les sols, la flore, l’eau, les activités humaines… Ce guide thématique et vivant suggère plusieurs pistes lorsque subsistent des mystères, comme celui de Millevaches, dont on ne sait s’il renvoie aux sources, aux vaches maigres ou aux mille vallées. Deux ans de travail de banturle, aujourd’hui transmis au public non-occitaniste, car «la question n’est plus celle de la survie de la langue, mais de ce que sera le Limousin demain. »

http://ieo-lemosin.org
http://la-biaca.org/
De la Chassagne au Monteil, noms de lieux du PNR de Millevaches en Limousin, est co-édité par l’IEO et le PNR

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Article publié dans le journal du PNR de Millevaches

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