Valérie, ou la poétique de la bohème

Comédienne et libraire, Valérie Gerber, 50 ans, crée des spectacles pour enfants à partir de livres jeunesse. Rencontre avec une artiste pleine de fantaisie.

Une librairie itinérante baptisée Roul’dans l’vent et une compagnie de théâtre équipée d’une caravane multicolore… Pas de doute, derrière la passion de Valérie Gerber pour la littérature jeunesse, il y a aussi l’amour du voyage et du nomadisme. Sa route, justement, n’a rien d’une ligne droite et le chemin qui l’a menée aux albums pour enfants était loin d’être tracé. Enfant au sein d’une fratrie de 7 filles qui déménage d’une ville à l’autre au gré des affaires du père, elle devient une adolescente rebelle qu’on envoie en pension étudier l’agriculture. A 16 ans, elle quitte la maison, sort du « droit chemin » pour vivre de petits jobs. Débrouillarde et déterminée, elle passe un Brevet Professionnel jardins et espaces verts puis mène une vie de jardinière-baroudeuse, enchaînant les voyages en sac à dos. Inde, Népal, Maroc, Ghana, Burkina, Mali, Côte d’Ivoire, Écosse, Irlande…
« Une manière de fuir mais aussi de me construire en goûtant aux cultures du monde ». Celles de l’Afrique Noire l’ont particulièrement touchées puisqu’elle pratique aujourd’hui la danse africaine et joue du balafon. A 25 ans, elle rencontre son mari, d’origine irlandaise et, après un séjour en Grèce et en Égypte, ils partent s’installer en Australie avec leurs jeunes enfants Clint et Tara. Mais, deux ans plus tard, Valérie divorce et rentre avec ses enfants en région parisienne. « Je vis de multiples petits boulots dans la vente et fais beaucoup de théâtre dans une troupe magnifique. » Elle rencontre le compagnon corrézien d’une de ses amies et celui-ci la pousse à quitter Paris pour le Limousin. « On débarque avec les enfants dans une ruine qu’on retape à côté de Tulle ». Le changement de vie est total mais salutaire. « Cette région est vraiment extraordinaire, il y a une réelle qualité de vie, la proximité de la nature, une façon de vivre simple, loin des conventions, une authenticité ». Après divers autres petits boulots, Valérie trouve un emploi stable dans une société d’assurances. Quatre ans plus tard, elle décide de quitter ce monde bien éloigné de son univers poético-sensible. Son chemin croise alors celui d’éditeurs jeunesse, pour qui elle travaille bénévolement en tant que diffuseuse. Au terme de cette expérience, elle a attrapé le virus. Tissant des liens entre ses passions, elle crée un conte théâtral à partir de six livres et un spectacle de kamischibaï (petit théâtre japonnais illustré). Ainsi naît, en 2012, la compagnie P’tits bouts et cie, qui a pour but d’amener les enfants à la lecture et de faire le lien entre livre et théâtre. En parallèle, parce qu’elle a toujours le goût de la vente de ces livres qu’elle chérit, elle se met à son compte en tant que libraire pour promouvoir des éditions indépendantes telles que Lirabelle, Âne Bâté, Goutte de sable ou encore Arphilvodis auprès des écoles, bibliothèques et dans les salons. « J’adore les enfants. Je n’aurais pas cru que j’aurais autant de bonheur à jouer des spectacles pour eux, ils sont vraiment formidables ! ». Les siens, Clint et Tara, ont aujourd’hui 19 et 22 ans et vivent toujours en Limousin. «Cela fait 10 ans que je suis ici, c’est la première fois que je reste aussi longtemps quelque part ! ». Si elle a changé plusieurs fois de logement en Corrèze, la faute à sa culture du déménagement et son besoin de mouvement, pas question de quitter le coin où elle est désormais installée avec son compagnon brocanteur, spécialisé dans les pièces de moto de collection -la route, toujours !- Cet été, Valérie a organisé le festival itinérant Campagne en Fête sur la communauté d’agglomération de Tulle, avec la compagnie de théâtre de rue les Romain Michel. Au programme : ateliers de cirque, ludothèque et bibliothèque mobiles, concerts et bien-sûr spectacles, avec les caravanes des deux structures. « Je ne vivrais probablement jamais mon rêve de vie bohème sur les routes en roulotte, mais ce festival c’est une manière de m’en approcher !»

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article d’Emmanuelle Mayer, publié dans La Lettre du Limousin de septembre 2013

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